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Témoignage : nouvelle agression à Sablettes

Alger / Lamine maghnine

Alger, le 24/08/2018

 

Témoignage de la soirée du jeudi 23 à vendredi 24 aout 2018 vers 03h15 du matin

Agression à Sablettes/ Mohammadia

 

Jeudi soir, j’ai été victime, avec mon collègue de travail, d’une agression au niveau de Sablettes à Alger. Il était environs 03h10 du matin. Comment je le sais ? ce n’est qu’après coup que j’ai regardé l’heure sur ma montre, il était 03h20mnà ce moment-là.

Nous étions deux collègues qui voulionsdécompresseraprès une journée de travail. Etant sorti tard du bureau. Nous avions besoin de nous aérerquelque part. Bien que conscient qu’il n’y aurait rien d’ouvert un troisième jour de Aid. Nous recherchions un endroit où diner. Finalement, nous nous sommes retrouvé une pizza à la main, dans le parking des Sablettes. Pourquoi ne sommes-nous pas restés là-bas au lieu de nous aventurer plus loin ?…

A ce moment-là, il était déjà tard, il devait être minuit et quelques…

Nous nous sommes essayés à des attractions au niveau du parc dont la« grande roue »,les « siègesmassants » etc. Ce fut une belle recréation jusqu’au drame…

Ayant sans doute fini vers 01h et quelques. Nous décidions de continuer la balade vers le bord de l’oued d’el Harrach, tout en discutant (non pas que ce soit le meilleur plan… mais bon !).

Les badauds étaientlà, en famille, assis sur le gazon ou ailleurs àflâner dans les allées. Mais ils étaient moins ce lendemain de fêtes.

J’avais l’habitude de sortir courir avec des amis les soirées d’hiver àSablettes. Mon lieu de stretching se trouvait être celui où nous avions décidé de se poser.

Nous étions manifestement seuls. Quel tort ! 02 h à discuter ou plus, il était déjà 03h -03h 15 ?… Je ne saurais définirle temps exact de l’agression…

Un jeune homme nous a interpellé, nous demandant une cigarette. Bizarre ! Une cigarette et pas de briquet constatais-je, surtout après ce temps de latence… Tout de suite après, une ombre vint me surprendre de derrière, une ombre furtive puis un avant-bras m’oppressant jusqu’à ne plus pouvoir respirer.Jeréalisais le danger de la chose. Même si juste avant, j’eu comme un pressentiment qu’il fallait s’en aller, qu’il devait être tard… Oui, je n’osais pas interrompre mon ami dans ses confessions… Bref le temps m’a paru long depuis le débarquement de ces quatre jeunes apaches(la coiffure contribuant au déguisement …).

 Ils ont vite fait de nous séquestrer. L’un étrangla mon ami, l’autre me passa le bras pour m’étrangleret me mis le couteau sous la gorge, je réussi à lui résister malgré tout et sa force semblait s’amoindrir, c’est là où j’ai pensé et avec le recul qu’il devait être drogué… Ils passèrent vite aux menaces. L’un s’adressantà mon collègue : « si tu fais un geste je la tue, ouvre ton téléphone ! » ils me menacèrent de la même manière en m’intimant l’ordre de la fermer et de ne pas les dénoncer, auquel cas, ils me tueraient.

L’heure devint plus grave lorsqu’ils n’ont rien trouvé mise à part mon collier en or, la chaine de mon ami et son portefeuille. Quoi d’autre ? Ils semblaient vouloir plus, mais quoi ? Ben voyons, une fille était en face d’eux, ils étaient certainement sous l’effet ébouriffant des drogues.Celui d’en face mis la main sur ma poitrine comme pour chercher quelque chose. Il dit à son partenaire de m’arracher mon collier, ce qu’il fit, a ce moment-là, je ne faisais que prier qu’ils ne me touchent ni n’envisagent de me violer, me kidnapper ou pire me jeter dans l’oued. Je reste persuadée qu’ils allaient le faire. Le premier en face n’arrêtait pas de dire : « et la fille ! »

 Là je sens sa main sur mon sexe. Ce genre de choses durent une éternité…Puis pour repartir il me remet sa main sur la poitrine. L’autre tente de m’amadouer en me caressant le visage. J’imaginais la suite… celui d’en face pris plus d’assurance en voulant me tirer vers lui … Fallait trouver quelque chose, J’ai donc insisté sur le fait qu’ils trouveraient tout ce qu’ils demandaient dans le sac, « qu’ils le prennent et qu’ils partent ! ».

Mon ami quant a lui n’arrêtait pas de répéter : « laissez-la tranquille je vous donne tout, ne la touchez pas, prenez ce que vous voulez ! ».

Je ne priais que pour une chose, qu’ils s’en aillent. Qu’ils n’aient pas dans l’idée de nous poignarder, de nous laisser pour morts…

Par miracle, ils décidèrent enfin deprendre la tangente.Malheureusement, l’un d’eux qui tenait mon ami, n’a pas manqué de l’étrangleravant de partir jusqu’à ce qu’il perde connaissance. Soulagée, je n’ai pas réalisé sur le coup tout ce que nous venions de subir tant j’étaisinquiète de l’état de santé de ce dernier que je retrouvais allongé par terre en train de suffoquer. Je vérifiais qu’il n’y ait pas de sang. Puis ils se réveilla.

Par la suite, nous primes la fuite mais rien…Deskilomètresaprès le parc pour arriver au parking, R.A.S ! pas de gardiens ; des kilomètres pour arriver enfin au poste de police et dénoncer sous le choc (oupas encore pour ma part) ce qui s’est réellement passé.

Le hic dans cette affaire, c’est que nos démarches auront durédeux heures, trainés d’un commissariat à l’autre jusqu’à ce qu’un policier daigne enfin prendre notre déposition. (Troptôt pour travailler !)

Auparavant, la réaction de certains fut immédiate, à mon grand étonnement, dès nos explications notées sur le registre des plaintes, la brigade de la PJ débarquait afin de procéder aux recherches. Quelle belle mise en scène ! me dis-je, ou était-ce professionnel ? vraiment ? …Non !

Une mise en place des formalités habituelles puis des jugements, toujours ; première question : « quefaisiez-vousà cette heure- là dans un coin que vous savez dangereux ». A mon ami : « qu’est ce qui t’a pris d’emmener « el mekhlouka » tu es un homme et tu ne sais pas ça ? ».(A signaler qu’àleurs yeux je suis mineure et inapte donc transparente !).

Quelques interventions plus tard,ils les retrouvaient, ou semblaient les avoir retrouvés, maisnon.

Dans le camion qui nous emmenait vers la voiture de mon ami (avec laquelle nous étions venus), car oui heureusement ils n’ont pas eu le temps de le déposséder de ses clés, ni ma montre d’ailleurs, à se demander comment…  Le véhicule s’est arrêtépour nous demander d’identifier des jeunes gens qu’ils ont ramassé versle périmètre de l’agression.Où ? Comment ? Je n’en croyais pas mes yeux !

Peur, j’en avais une peur bleue, qu’ils nous reconnaissent, qu’ils nous voient.

Là, la panique a commencéà s’installer… Mon ami tentait de me rassurer.Mais je commençaisàréaliser que mes clés de voiture et ceux de la maison, ma carte grise et mon permis et donc mon adresse, ma photo et mes téléphones qui contenaient mon agenda, ma routine, mes codes, ma vie quoi !!! étaient dans ce sac qu’ils avaient pris !

Comment allions-nous nous en sortir alors même que nous devions identifier ces jeunes cons !« Voyez qui ils sont et dites-nous ! c’est eux ? » demande le flic. Nous dans le panier à salade « Heu…on ne sait pas ! ». Nous ne le saurons jamais…

 Mon ami sort comme pour me cacher, mais ils nous voyaient, j’étais là assise dans un camion de flic à me demander comment ma mère qui était à la maison devait se sentir, je l’avais appelé pour la rassurer que nous fussions en route, mais voyant que ça allait durer, j’ai vite paniqué. Elle était seule et ils étaient désormais en possession de toutes les informations nous concernant. Elle était en danger. Je l’appellerai plus tard pour la rassurer et lui dire de fermer la targette.

Tout d’abord, les jeunes agresseurs, étaient quatre, nous n’aurions pu les reconnaitre car ils ont fait en sorte de nous barrer la vision en nous interceptant de derrière. Je me souviens vaguement de leur tenue, des t-shirts, trainings et casquette, sac à dos,style sportswear, etleur sueur…. Le plus grave c’est qu’il s’agit de l’accoutrement de la moitie des jeunes gens habitant Alger de nos jours.

Au commissariat, nous avons déposé plainte, puis rien. Des jugements puis le temps long, puis des jugements, le temps qui n’en finit pas…

 En somme, nous étions les coupables de notre propre agression !

Résultat, nos agresseurs ont pris la fuite, les flics ont certainement mis notre plainte aux oubliettes, et des séquelles psychologiques demeurent, celles de paranoïa dans les rues, troubles obsessionnels de sécurité, jugement sur l’apparence des gens dans la rue. Le film qui défile et qui n’arrête pas… le dégout…

Mais heureusement nous sommes en vie !

Les jours de galères il n’y en aura presque plus quand nous aurons fini de récupérer doucement mais surement nos papiers officiels.

En attendant je savoure la vie ! ma mère, mes proches ! Je remercie la vie de m’avoir accordé une chance, un miracle ! Les questionnements, il y’en a toujours, les : « et si… et si… » trottent sans cesse dans la tête…

Tout ce que je sais c’est que nous sommes sains et saufs ! Voilà pour moi l’essentiel !

***

Ce témoignage doit servir àdénoncer la solitude qu’on vit quand on se retrouve dans une structure censée nous protéger, mais qui par négligence ne le fait pas.

Ce témoignage ne concerne que ma version de l’histoire et par conséquent, ma vision des faits. Mon ami n’a pas tenu à témoigner et je respecte son choix.

 Il devrait servir à dire aux concitoyens de rester malheureusement sur le qui-vive afin de préserverleur vie car malheureusement, nous sommes seuls à se défendre.

Aux concitoyens, de continuer à circuler, de dénoncer les abus, les agressions, de demander leurs droits quoiqu’ils en pensent, blasés ou pas. Exprimer les choses, les dénoncer et ne pas oublier de vivre !

Ma résolution cette année serait de reprendre mes cours de self-défense ! de continuer à faire du jogging àSablettes, continuer à profiter des instants T jusque tard le soir, et de vivre pleinement !!!

Ce qui aurait dûnous décourager de déposer plainte c’est finalement cette petite phrase,que je trouve d’un crétinisme absolu, d’un agent àSablettes, le premier à nous avoir entendu :

« Oui, je devais faire ma ronde, mais vous savez comment ça se passe, il était tard et peu de monde, donc j’ai eu la flemme et je suis resté là au poste !» …

NO COMMENT !

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